Vérification des faits et désinformation

Tout ce que vous lisez n’est pas forcément exact. Nous répondons ici aux affirmations trompeuses concernant la chirurgie oculaire et présentons les faits, appuyés par des experts et des recherches. Découvrez comment distinguer les mythes de la réalité.

La campagne du SCFP contre les cliniques appartenant à des médecins : ce qu’il faut savoir

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) mène une campagne contre les centres chirurgicaux communautaires appartenant à des médecins, en présentant son opposition comme une façon de « protéger le système public de santé ». En réalité, sa position vise à préserver des salaires élevés et des milieux syndicaux à moindre productivité au détriment des patients qui ont besoin de soins rapides.

Contrairement aux établissements appartenant à des médecins, où les équipes chirurgicales sont flexibles et dévouées au patient, les milieux hospitaliers syndiqués imposent souvent des obstacles inutiles :

  • Des règles de travail rigides qui entraînent l’annulation de chirurgies si la journée se prolonge au-delà de 16 h, renvoyant à la maison des patients déjà préparés, perturbant les familles et retardant les soins. Dans ces milieux, les chirurgiens planifient souvent des journées légères (se terminant à 14 h 30) pour éviter ce problème, ce qui entraîne une capacité gaspillée et une mauvaise utilisation de la disponibilité des médecins.
  • Une productivité moindre et peu d’incitatifs à l’excellence. Dans les établissements appartenant à des médecins, le personnel est rémunéré en heures supplémentaires pour s’assurer que toutes les chirurgies sont réalisées et récompensé pour la qualité du service ou l’efficacité. Ces mesures incitatives sont absentes des hôpitaux syndiqués.
  • L’ancienneté avant la compétence. Les milieux syndiqués privilégient la rémunération et les promotions en fonction de l’ancienneté uniquement, plutôt que selon la compétence, la compassion, l’efficacité ou le sens de l’initiative. Cela peut décourager les jeunes travailleurs et freiner l’innovation en matière de soins aux patients.

Le constat est clair : bien que le SCFP prétende défendre le système public, sa position réduit la productivité et place les intérêts syndicaux avant ceux des patients. Les établissements chirurgicaux appartenant à des médecins privilégient quant à eux les soins aux patients, l’efficacité et l’équité.

Mature male doctor smiling

La position d’ACCESS sur la question

Au sein d’ACCESS, nous croyons en un dialogue ouvert et respectueux sur la modernisation de la prestation des services chirurgicaux, tout en soutenant les travailleurs de la santé et en plaçant les patients au premier plan.

  • Nous soutenons des pratiques d’emploi équitables et des conditions de travail sécuritaires pour tous les professionnels de la santé.
  • Nous favorisons un accès rapide à la chirurgie grâce à des centres chirurgicaux communautaires agréés, conçus à cet effet.
  • Nous croyons que l’innovation en matière de prestation des soins doit s’accompagner de protections pour la main-d’œuvre et d’une responsabilisation au sein du système.

Rétablissement des faits : 
une réponse à la critique du Toronto Star (2021) sur les établissements chirurgicaux communautaires

Cette réponse aborde les principales affirmations formulées par les Drs Sherif El Defrawy et Bob Bell dans un article du Toronto Star en 2021, où les médecins s’opposent aux établissements chirurgicaux communautaires (CSF). Bien que les auteurs présentent leurs opinions comme des faits, plusieurs de leurs affirmations sont trompeuses ou infondées. Compte tenu de l’influence possible de telles affirmations sur l’opinion et les politiques publiques, il est important de rétablir les faits.

Les initiatives gouvernementales visant à réduire les temps d’attente

L’article critique le plan de l’Ontario d’avoir recours à des cliniques communautaires pour réduire les listes d’attente pour une chirurgie. Or, depuis 2021, les dix provinces canadiennes ont adopté cette approche, qui s’est révélée très efficace pour raccourcir les listes d’attente et alléger la pression sur les hôpitaux. L’idée que cela nuirait aux patients, priverait les hôpitaux de services ou menacerait la formation des résidents est alarmiste et non fondée.

Les établissements chirurgicaux communautaires, dont plus de 90 % appartiennent à des médecins en Ontario, forment leur propre personnel, libérant ainsi les ressources hospitalières pour les chirurgies complexes (cardiaques, orthopédiques ou oncologiques). Loin d’affaiblir le système, ce modèle vient en fait le renforcer.

En 2023, 70 % des patients devant subir une chirurgie de la cataracte au Canada ont été opérés dans le délai de référence de 16 semaines, comparativement à seulement 45 % en 2020 (ICIS).

Les ventes incitatives persistent dans le secteur « sans but lucratif »

L’article oppose le Kensington Eye Institute (KEI), un centre sans but lucratif, aux établissements appartenant à des médecins, en laissant sous-entendre une différence morale ou qualitative. En réalité, les organismes sans but lucratif génèrent aussi des excédents, souvent redistribués sous forme de salaires, de primes ou de projets d’expansion plutôt que de dividendes.

Les états financiers montrent que le KEI réalise chaque année des millions de dollars d’excédent, en facturant aux patients des frais non couverts qui dépassent largement les coûts réels. Une enquête du Toronto Star (2023) a révélé qu’environ la moitié des patients du KEI paient des frais supplémentaires non couverts par l’Assurance-santé de l’Ontario. Par exemple, le KEI facture régulièrement 200 $ ou plus pour une lentille monofocale asphérique dont le coût réel est inférieur à 50 $. Le statut de « sans but lucratif » ne met donc pas les patients à l’abri de vente incitative ou de frais injustifiés.

Programmes de formation

L’affirmation selon laquelle le transfert de chirurgies de la cataracte vers les CSF mettrait en péril la formation universitaire est également inexacte. Les résidents en ophtalmologie à travers le Canada, y compris ceux de l’Université de la Colombie-Britannique, l’Université de Calgary, l’Université du Manitoba, l’Université McGill et l’Université d’Ottawa, se forment régulièrement dans des CSF. Même le KEI, où se forment les résidents de l’Université de Toronto, est lui-même un CSF. Affirmer que les CSF nuisent à la formation est donc trompeur, car en réalité, nombreux sont ceux qui offrent aux résidents un volume chirurgical supérieur à celui des hôpitaux.

Les établissements chirurgicaux communautaires traitent un volume moyen de cas 33 % plus élevé que les environnements hospitaliers.
Comparison de volume moyen de cas - CSF vs hospitalier

Une expérience internationale

Des pays comme le Royaume-Uni et l'Australie, ainsi que plusieurs systèmes de santé européens utilisent activement des centres chirurgicaux ambulatoires ou des équivalents de CSF pour réaliser un grand nombre de chirurgies de la cataracte. Ces établissements offrent des résultats équivalents ou supérieurs aux hôpitaux, une productivité accrue et d’excellentes conditions de formation, le tout sans jamais compromettre la qualité.

Qualité et éthique

L’article suggère que les centres privés compromettent la qualité ou évitent les cas complexes. Tous les CSF en Ontario, y compris le KEI, sont soumis aux mêmes processus d’agrément que les établissements hospitaliers et dirigés par des médecins agréés qui assument pleinement leurs obligations professionnelles et éthiques. Insinuer que les chirurgiens éviteraient les cas complexes pour maintenir des « chaînes de production » revient à dénigrer des collègues sans preuve.

Fait ironique, le KEI met en avant son efficacité et son haut rendement, soit précisément les caractéristiques qu’il critique des établissements appartenant à des médecins. Le KEI retient en outre une partie des honoraires professionnels des chirurgiens comme condition d’accès à la salle d’opération, ce qui est une pratique inexistante dans les hôpitaux et les autres établissements publics de l’Ontario.

Tous les CSF de cette province, y compris le KEI, sont agréés selon les mêmes cadres provinciaux (OMCO, Agrément Canada, etc.) et soumis aux mêmes normes éthiques et de qualité.

Prétendre que les cliniques appartenant à des médecins évitent les cas complexes ou privilégient le volume revient à remettre en question leur professionnalisme sans fondement.

Mauvaise représentation du consensus

Enfin, l’article affirme que le gouvernement a agi « malgré de fortes objections de la part de chefs de file en chirurgie oculaire ». Bien que certains universitaires qui pourraient bénéficier du statu quo s’y soient opposés, ce n’était pas la position de l’Eye Physicians and Surgeons of Ontario (EPSO), qui représente l’ensemble des chirurgiens oculaires de la province. L’EPSO soutient des soins équitables et de haute qualité pour tous les Ontariens, peu importe le lieu où ces soins sont dispensés.

La position d’ACCESS sur la question

L’article du Toronto Star de 2021, signé par les Drs El Defrawy et Bell, repose sur une rhétorique, des comparaisons sélectives et des affirmations non étayées pour discréditer les établissements chirurgicaux communautaires appartenant à des médecins. Voici les faits sur les CSF :

  • Ils ont réduit les temps d’attente à l’échelle du pays, particulièrement pour la chirurgie de la cataracte.
  • Ils ont maintenu et élargi les possibilités de formation pour les résidents, conformément aux pratiques canadiennes et internationales en la matière.
  • Ils respectent les mêmes normes d’agrément et d’éthique que les hôpitaux.
  • Ils assurent un accès équitable et rapide à des soins de proximité.
  • Ils voient leur succès à offrir des soins sûrs et efficaces confirmé par des modèles internationaux.

Pendant ce temps, bien qu’il soit sans but lucratif, le KEI a accumulé d’importants excédents, imposé des frais dépassant largement les coûts réels et s’est positionné comme une solution de rechange tout en adoptant plusieurs des mêmes pratiques qu’il dénonce.

Le véritable débat ne devrait pas en être un qui se définit comme une opposition du secteur à but lucratif au secteur sans but lucratif. Ce qui importe réellement est que les Ontariens reçoivent rapidement des soins sûrs et transparents, financés par le système public. Sur ce plan, les établissements chirurgicaux communautaires ne se contentent pas de réussir : ils sont essentiels.